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Comme chaque année, les amis de
Léon Vérane se sont réunis le 10 novembre à Solliès-Ville
pour rendre hommage au poète disparu le jour même de sa
fête, ultime élégance d’un fondateur de l’école fantaisiste.
Malgré le temps incertain,
poètes, écrivains, peintres, universitaires, étudiants et
lecteurs de poésie se retrouvent au cimetière. L’ambiance
est amicale et le groupe important. Il se répartit en un
large demi-cercle autour de la dalle de pierre brute qu’un
puissant cyprès domine. Sur la tombe, un bouquet de bruyère.
Au-dessus, quelques passereaux frémissent dans le feuillage
dense d’un laurier, l’arbre d’Apollon. Chacun fait silence,
s’immobilise. Un seul mouvement, discret, celui d’un
photographe. Viennent alors les mots d’accueil et de
remerciements du président de l’association qui évoque la
présence de Vérane dans ce village, « sur l’étroite place
aux micocouliers ».
Puis des amis font entendre sa
voix en lisant quelques-uns de ses textes. Barbe de
patriarche, Jean Dupuy, le filleul du poète, déclame une
élégie. Michèle Gorenc, associant Marie à cette
manifestation du souvenir, dit la plainte de Vérane à la
mort de sa femme. Magali Bérenger exprime l’attachement
charnel de l’auteur de Toulon à sa terre natale et,
par une épître d’André Gaillard, écrite en 1925, Alain
Bitossi rappelle combien Vérane suscitait la fraternité.
Je n’ai pas oublié Vérane ton grand
cœur
Ni de ton
amitié la force et la douceur…
Par delà le temps, les auteurs
venus pour cette commémoration instaurent ensuite un
dialogue avec le poète. C’est en fantaisiste que Jean Bracco
fait l’éloge de l’accent… circonflexe, « Avec moi seul /
On fait la fête ». Lorsque le néoclassique Emmanuel
Rastouil, recherchant « le moment de bonheur infini »,
souligne toute l’importance de l’amour, un rayon de soleil
perce les nuages et réchauffe l’assemblée. Cédric Lerible,
en Pierrot moderne observant les phases de la lune, regarde
« ce coton rond devenu croissant ». Jean-Claude
Babois fait partager un tonique « Slamaléon » avec « les
caboulots, les bars / les filles ointes de fard ».
Enfin, André Resplandin offre trois petits poèmes en langue
provençale et en forme de haïku.
Mai l’as-ti pas vist ?
Meme à
l’oumbro dóu ciprés,
Sèmpre viéu
Vérane.
Ne l’as-tu pas vu ?
Même à
l’ombre du cyprès,
Toujours vif Vérane.
Après ces dédicaces, le groupe
se dirige vers la salle municipale pour une évocation de
l’activité littéraire de Vérane. Il s’agit de la première
approche d’une étude que mène Alain Bitossi depuis plusieurs
années sur les revues de poésie. Sous le regard bienveillant
de l’écrivain Pierre Moustiers, il explique la démarche qui
l’a conduit à répertorier (pour l’instant) un peu plus de
soixante périodiques dans lesquels Vérane écrit soit de
façon occasionnelle soit très régulièrement. Il montre aussi
combien les revues sont importantes pour les poètes et
interpelle tour à tour Cédric Lerible, Emmanuel Rastouil et
Christophe Forgeot alors que le peintre José Renucci dessine
sur son carnet de croquis.
Preuves à l’appui, le
conférencier souligne la présence continue de Vérane et son
activité incessante dans les revues de son époque,
brandissant ces publications mensuelles ou trimestrielles,
éphémères ou durables, éditées non seulement en France mais
aussi en Belgique, en Suisse et même à Madagascar. Le
public, surpris, écoute avec attention, observe, savoure les
citations d’extraits choisis. Devant ce foisonnement de
titres et de formats, on note le sourire de Michèle
Dolfi-Mabily, la plasticienne qui façonne elle-même ses
propres ouvrages.
Et l’on découvre ainsi le
travail considérable accompli par Léon Vérane : écrire,
créer et maintenir des liens, susciter l’amitié, publier
Les Facettes et des recueils – ceux des autres et les
siens, – multiplier les ouvrages, donner à lire, vivre toute
une vie en poésie. |